Summary
La République démocratique du Congo a déclaré une épidémie d’Ebola de la souche Bundibugyo le 15 mai 2026 ; au 27 mai, on comptait 128 cas confirmés et 18 décès. L’OMS a déclaré une urgence de santé publique de portée internationale ; le Cluster Logistique a pour objectif de soutenir la riposte en apportant son aide dans les domaines de la coordination, de la gestion de l’information, du transport et des services de stockage en RDC et dans les centres régionaux des pays voisins. Le présent document décrit les services prévus par le Cluster Logistique et Télécommunications dans le cadre de cette intervention.
Contenu
Contexte
La République démocratique du Congo (RDC) a officiellement déclaré une épidémie de maladie à virus Ebola (MVE) le 15 mai 2026, à la suite de la confirmation en laboratoire de la souche Bundibugyo dans la province d’Ituri. Au 27 mai, 128 cas confirmés (1 077 cas suspects) et 18 décès confirmés (238 décès suspects) avaient été signalés. Les zones sanitaires les plus touchées, Mongwalu, Rwampara, Nyankunde et Bunia, se trouvent toutes dans un contexte humanitaire déjà fragile.
Compte tenu du risque de propagation internationale et des incertitudes entourant l’ampleur de la transmission, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a classé cette épidémie comme une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI).
Cette épidémie présente un risque important de propagation tant à l’intérieur de la RDC que dans les pays voisins, en particulier l’Ouganda, le Rwanda et le Soudan du Sud. Des cas confirmés ont déjà été signalés en Ouganda et à Goma, près du passage frontalier entre le Rwanda et la RDC. Les mouvements de population et la connectivité régionale pourraient faciliter davantage la propagation de la maladie vers d’autres grands centres urbains, notamment Butembo et Kisangani. À l’heure actuelle, aucun vaccin n’est disponible contre la souche Bundibugyo.
Il s’agit de la dix-septième épidémie d’Ebola enregistrée en RDC. En réponse, le ministre de la Santé a appelé à la mobilisation des partenaires techniques et financiers afin de soutenir le plan d’intervention national.
Pour aggraver la crise de santé publique, l’est de la RDC reste gravement touché par le conflit en cours. L’expansion de l’AFC/M23 au Nord-Kivu et au Sud-Kivu a déclenché de nouvelles vagues de déplacements, ainsi que des retours forcés vers des zones qui restent instables. D’autres régions, telles que le Maniema et le Tanganyika, continuent de connaître une instabilité, ce qui accroît encore la vulnérabilité des populations touchées, en particulier les femmes et les enfants, qui sont exposés à des risques accrus de violence sexiste.
Goulets d'étranglement logistiques et en matière de télécommunications
Logistique
- Procédures de dédouanement complexes : l’entrée des fournitures humanitaires dans le pays reste entravée par un manque de clarté concernant les procédures douanières, ce qui retarde la livraison de l’aide.
- Infrastructures de stockage insuffisantes : la destruction d’entrepôts a considérablement réduit la capacité de stockage, obligeant les acteurs humanitaires à rechercher des solutions temporaires souvent inadéquates.
- Transport routier limité : plusieurs axes routiers sont difficiles d’accès, ce qui entrave la distribution des biens humanitaires vers les zones les plus touchées.
- L'insécurité persistante et la détérioration des infrastructures compliquent encore davantage la planification de la chaîne d'approvisionnement : les partenaires humanitaires doivent constamment adapter leurs stratégies pour répondre aux besoins dans un environnement instable et imprévisible.
- La fermeture potentielle des passages frontaliers aura un impact considérable sur l’approvisionnement en matériel de secours médical des zones touchées par l’EDV.
-
Les volumes importants de fournitures attendus pourraient engorger les points d’entrée à l’intérieur et à l’extérieur du pays, ce qui nécessiterait une coordination et une planification rigoureuses.
Télécommunications
- La couverture est limitée et inégale, la connectivité étant principalement concentrée à Bunia et dans quelques corridors, tandis que les zones reculées restent largement mal desservies.
- Les infrastructures de télécommunications sont faibles, avec une faible densité de pylônes, un réseau dorsal en fibre optique limité et une forte dépendance vis-à-vis des liaisons micro-ondes et par satellite.
- Les conditions opérationnelles sont difficiles, car l’approvisionnement électrique instable, le relief accidenté et l’insécurité entravent l’extension et la maintenance du réseau.
- Les lacunes en matière d’accès affectent le plus les intervenants de première ligne, en particulier dans les zones reculées et peu sûres où une communication fiable est la plus nécessaire.
- Les opérations humanitaires sont directement affectées, la mauvaise connectivité ralentissant la communication d’informations, la coordination et la prise de décision, et augmentant les risques opérationnels sur le terrain.
En conséquence, la rapidité et l’efficacité de la réponse humanitaire sont compromises, ce qui affecte directement les populations vulnérables qui dépendent de cette aide.
Objectifs
Le Cluster Logistique et Télécommunications vise à soutenir une intervention humanitaire efficace en RDC et dans les pays voisins en améliorant la qualité des services logistiques et de la chaîne d’approvisionnement, ainsi que des services de télécommunications d’urgence, en étroite collaboration avec le CDC Afrique, l’OMS et les autorités nationales. Ses principaux objectifs sont les suivants :
Logistique
- Optimiser la coordination et le partage d’informations entre les acteurs humanitaires afin d’assurer une planification efficace et de réduire les goulets d’étranglement logistiques.
- Renforcer la coordination entre les partenaires humanitaires et les autorités locales afin de clarifier et d’accélérer les processus d’importation et de dédouanement.
- Coordonner les groupes de travail, en particulier ceux liés aux contraintes d'importation et de dédouanement.
- Collecter et partager les informations logistiques ainsi que les informations relatives aux contraintes d’accès physique.
- Faciliter, si nécessaire, l’accès à des services communs de stockage et de transport dans des centres logistiques stratégiques.
- Mobiliser des ressources (financières et en nature) pour répondre aux besoins des partenaires humanitaires.
Télécommunications
- Coordonner les activités liées aux TIC au sein de l’ensemble des acteurs de l’intervention, y compris les entités commerciales et les autorités gouvernementales, afin de réduire les doublons et d’optimiser les ressources disponibles.
- Fournir une infrastructure de communication pour les intervenants de première ligne et les activités de gestion des cas.
- Assurer une connectivité immédiate pour soutenir la coordination de l'intervention.
- Faciliter les activités de communication sur les risques et d’engagement communautaire
Activités prévues
Les activités suivantes ne visent pas à remplacer les capacités logistiques et de télécommunications des agences ou organisations individuelles, ni à concurrencer le secteur commercial, mais plutôt à combler les lacunes identifiées dans la chaîne d'approvisionnement humanitaire et/ou à résoudre les goulots d'étranglement qui limitent la capacité des organisations d'intervention à distribuer efficacement les fournitures de secours. Les activités suivantes seront proposées pour une période initiale de trois mois :
Coordination
Compte tenu de l’ampleur régionale de l’intervention et de la présence de 125 partenaires humanitaires (52 ONG nationales, 53 ONG internationales, 9 agences des Nations Unies, la Croix-Rouge de la RDC et le CICR) rien qu’en RDC, une coordination étroite est essentielle pour garantir une intervention efficace et intégrée.
- Travailler en étroite collaboration avec les services techniques des administrations nationales et provinciales — notamment le ministère de la Santé, le ministère des Transports, l’Office des Routes, l’Office des Voiries et du Drainage Agricole (OVDA), le Fonds National d’Entretien Routier (FONER), la Direction Générale des Douanes (DGDA) et d’autres — afin d’identifier des solutions aux différents défis auxquels sont confrontés les partenaires.
- Organiser régulièrement des réunions de coordination des clusters à Goma, Beni, Bunia, Bukavu et Kinshasa, ainsi que dans d’autres lieux si nécessaire.
- Participer aux différents forums de coordination humanitaire — notamment la coordination nationale et régionale de l’EDV, les mécanismes inter-clusters et les comités inter-agences régionaux ou locaux — afin de coordonner la réponse humanitaire.
Gestion de l'information
- Regrouper et partager les informations relatives à l'environnement opérationnel (y compris les données disponibles sur les capacités logistiques et les filières humanitaires prévues), ainsi que les informations actualisées concernant l'accès, le transport, les infrastructures et d'autres données opérationnelles via LogIE.
- Consolider et partager les informations relatives aux télécommunications via la carte de connectivité en cas de catastrophe (DCM)
- Avec le soutien du groupe de travail « Importation and Customs Clearance Together » (IMPACCT), consolider et partager les informations relatives au régime douanier actuel et aux exonérations fiscales, et formuler des recommandations sur les procédures standard et la réglementation en vigueur. Partager des informations actualisées sur l’ouverture des passages frontaliers et les procédures d’importation spécifiques pour les fournitures liées à l’EDV.
- Fournir des informations clés sur les nouveaux défis, les lacunes et/ou les contraintes de la chaîne d'approvisionnement au niveau des équipes d'intervention humanitaire (HCT) et soutenir les actions de plaidoyer conjointes pour répondre à ces préoccupations.
Stockage
RDC
- Des services de stockage temporaire seront assurés à Kinshasa et à Bunia.
- Cinq centres logistiques supplémentaires seront mis en place en fonction des besoins.
- Renforcer la capacité de stockage des partenaires grâce au déploiement d’unités de stockage mobiles (MSU) dans des emplacements stratégiques
Ouganda
- Mise en place d’une zone de transit humanitaire à Entebbe pour le regroupement des marchandises et leur acheminement vers la RDC
Rwanda
- Mise en place d’une zone de transit humanitaire à Kigali pour le regroupement des marchandises et leur acheminement vers la RDC
Transport terrestre
RDC
- Faciliter l'accès au transport routier entre Bunia et les zones touchées
Ouganda
- Services de transport routier entre Entebbe et les zones touchées
- Transport aérien et routier entre Entebbe et Bunia dans un premier temps, tandis que la possibilité d’atterrissages supplémentaires est à l’étude.
Rwanda
- Transport routier entre Kigali et les zones touchées
Transport aérien
RDC
- Faciliter l'accès au transport aérien de Kinshasa à Bunia, et de Bunia vers les zones touchées
Ouganda
- Transport aérien et routier entre Entebbe et Bunia dans un premier temps, en attendant que la possibilité d’autres atterrissages soit évaluée.
Les services fournis par le Cluster Logistique ne visent pas à remplacer les capacités logistiques des agences ou des organisations, mais plutôt à les compléter grâce à l’accès à des services communs. Si les conditions le permettent, les services suivants pourront être coordonnés gratuitement pour l’utilisateur, ou sur la base d’un recouvrement partiel ou total des coûts, en fonction de la disponibilité des fonds. Les partenaires seront informés dès que ces services seront opérationnels.
Afin de garantir une utilisation efficace des capacités logistiques limitées, le Cluster Logistique, en coordination avec l’OMS, mettra en place un mécanisme centralisé de hiérarchisation et d’attribution aligné sur les structures de coordination inter-agences.
Toutes les demandes de services de transport et de logistique seront :
- soumises via une plateforme de coordination centralisée
- Évaluées en fonction de la gravité médicale et de l’impact sur la santé publique
- de l'urgence opérationnelle
- aux contraintes de sécurité
- La faisabilité logistique
En tant que « prestataire de dernier recours » (PoLR), le PAM est uniquement chargé de fournir des services logistiques visant à combler les lacunes identifiées dans les capacités logistiques disponibles, lorsque la sécurité et le financement le permettent, et uniquement lorsque ces lacunes limitent la capacité de la communauté humanitaire à répondre aux besoins de la population touchée.
Télécommunications
Ce cluster s'attachera à combler les lacunes critiques en matière de communication en menant les activités prioritaires suivantes dans le domaine des télécommunications :
- Coordonner les activités liées aux TIC dans le cadre de l'intervention et avec les autorités gouvernementales afin de faciliter l'importation et l'octroi de licences pour les équipements de communication destinés à la communauté humanitaire.
- Mettre en place un groupe de travail local sur les télécommunications d'urgence (ETC) à Bunia en tant que mécanisme de coordination opérationnelle, tout en mobilisant le groupe de travail national ETC pour soutenir la coordination globale de l'intervention.
- Fournir une connexion Internet fiable et partagée à Bunia et dans les principaux centres d’opérations.
- Étendre la connectivité Internet aux zones sanitaires prioritaires et aux équipes mobiles situées dans des zones reculées.
- Déployer des solutions redondantes et résilientes (y compris une connectivité par satellite) afin d’atténuer les coupures.
- Soutenir la communication sécurisée des données afin de permettre le fonctionnement des systèmes de surveillance et de coordination
Carte du concept d'opération