Nourrir ma curiosité pour le monde

5 questions à Lila Ricart, responsable de l’information au Cluster Logistique
01 August 2018

Qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grand-e ? Pour la plupart des enfants cette question appelle à une raison banale ou changeante au grès des inspirations. Mais Lila Ricart n’était pas n’importe quel enfant.

« A dix ans, je voulais être avocate à la Cour Pénale Internationale. J’ai grandi en Afrique de l’Ouest, où j’ai été témoin d’inégalités qui m’ont profondément marquée. Enfant puis adolescente, j’ai grandi en ressentant le besoin de faire sens de ce qui m’entourait, tant du point de vue personnel qu’en termes d’aspirations professionnelles. »  

14 ans plus tard, Lila n’est pas non plus une femme de 24 ans comme les autres.

Sa passion manifeste pour la géopolitique et les affaires internationales transparait tandis qu’elle nous parle de son travail de responsable de l’information et de son évolution des droits humains vers l’humanitaire.

« J’étais passionnée par les droits humains pendant toutes mes études mais j’ai progressivement ressenti une frustration face à la difficulté de créer des changements tangibles et d’aller au-delà de la dimension théorique. Je me suis rendue compte que je voulais être au cœur du problème. C’est ce cheminement qui m’a conduit aux situations de conflits et de crises. C’est ce qui m’a conduit au Soudan du Sud.

Quand est ce qu’a commencé ta carrière avec le Cluster Logistique?

C’était en 2016, lorsque ma candidature pour un stage au sein de l’équipe de la gestion de l’information au sein du Cluster Logistique à Rome a été retenue. Je n’avais pas vraiment d’expérience préalable dans l’humanitaire mais je me suis dit que ce valait la peine d’essayer. Je voulais travailler sur des projets concrets et pragmatiques et je n’ai pas été déçue. Aider les équipes sur le terrain à vérifier et à partager l’information clef des opérations humanitaires (les plannings aériens, les procédures opérationnelles standards, les vues d’ensemble ainsi que des articles) a été une expérience professionnelle particulièrement enrichissante. Je me suis imprégnée de mon environnement immédiat et j’ai énormément appris.

A partir de là, j’ai eu la chance d’être déployée en tant que responsable de l’information du Cluster Logistique en République Centrafricaine.  

Ce n’est pas simple de mettre des mots sur une première mission de terrain mais cette expérience a eu un grand impact sur ma vie. Il a fallu faire face à beaucoup de difficultés, bien sûr, mais les personnes que j’ai rencontrées et avec qui j’ai travaillées à Bangui feront toujours partie de ma vie. La vitesse d’apprentissage sur le terrain est impressionnante : le rythme est plus intense et la courbe d’apprentissage d’autant plus forte. Cela a nourri ma curiosité pour le monde.  

 

Et maintenant?

Je viens d’arriver à Djouba, au Soudan du Sud pour mon deuxième déploiement avec le Cluster Logistique. Je suis submergée de nouvelles impressions et d’information. D’un point de vue logistique, cette expérience sera plus exigeante pour moi. Le Soudan du Sud est une opération logistique humanitaire immense et en constante évolution, c’est un véritable casse-tête.

En tant que responsable de l’information, mes responsabilités vont au-delà de la communication et du suivi car je suis aussi en charge de la coordination des convois humanitaires et je commencerai bientôt à me rendre en mission à l’intérieur du pays. Une journée normale à Djouba n’a rien de prévisible. Des réunions, des rapports, beaucoup d’emails, quelques posts pour les réseaux sociaux, des urgences qui surgissent, des demandes adhoc : tout arrive en même temps et il faut savoir faire preuve de réactivité et de flexibilité à la fois.

Quelles sont les contraintes logistiques majeures auxquelles doivent faire face les organisations humanitaires au Soudan du Sud ?

La sécurité est un défi majeur dans le contexte sud soudanais. Bien que le Cluster Logistique n’ait pas de prises sur ce type de contraintes, la question de la sécurité des biens et des personnes est au cœur de notre processus décisionnel. La précaution doit prévaloir à tout moment. Personne ne peut oublier que des vies sont en jeux.

La communication est aussi un défi de taille ici. Comme dans d’autres opérations, une approche en vases clos est souvent dominante. Encourager l’ensemble des acteurs à partager les informations dont ils disposent est un défi du quotidien qui requiert patience et bonne humeur.

Ces deux dernières années ont été riche en évolutions pour toi. Peux tu comparer les différentes experiences?

Du siège à la RCA en passant par le Soudan du Sud, j’ai la sensation d’être dans un processus d’apprentissage constant qui est décuplé par des changements aussi rapides qu’intenses. Mes responsabilités et le contenu exact de mon poste évoluent énormément en fonction de mon équipe de travail ainsi que de nos partenaires. Je me sens aujourd’hui partie intégrante d’une plus grande famille professionnelle et j’ai envie de commencer à partager ce que j’apprends.  

Après avois grandis au Sénégal et avoir étudié la politique en Afrique de l’Ouest, j’ai progressivement fait évoluer mon centre d’attention vers l’Afrique des grands lacs et la région centrale. La RDC, la RCA et le Soudan du Sud sont des crises extrêmement complexes qui doivent être écoutées et comprises. Souvent passées au second plan, ces crises ont des ramifications profondes qu’il faut savoir comprendre.  

Quels conseils donnerais-tu as ceux qui s’intéressent au monde humanitaire?

Soyez curieux et essayez. Allez sur le terrain et allez là où on ne vous attend pas. Vous aurez des doutes bien sûr, mais faites-vous confiance : ayez confiance en votre capacité à faire des choix et accepter les incertitudes, elles font partie de l’expérience. Tentez le coup.

Le Cluster Logistique est actuellement à la recherche d’un ou d’une stagiaire pour rejoindre l’équipe de la gestion de l’information. Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 31 octobre. Pour en savoir plus sur les activités du Cluster Logistique au Soudan du Sud, cliquez ici.